Représentation : Déplacement de Statue ; Tombe de Djéhoutyhotep

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Description - Mégalithe

Figure représentant des Egyptiens déplaçant une statue, 1880 av J-C.

Djéhoutyhotep - Wikipédia

Djéhoutyhotep est un nomarque du quinzième nome de Haute-Égypte qui a vécu pendant les règnes d'Amenemhat II, Sésostris II et Sésostris III.

Généalogie
Djéhoutyhotep est « enfant du kep », c'est-à-dire qu'il est éduqué avec les enfants d'Amenemhat II au palais royal. Puis il est « ami unique » de Sésostris II. Sur la façade de sa tombe, on peut lire ses titres :

  • Prince héréditaire, trésorier du roi de Basse-Égypte, ami unique, connu du roi, grand chef du nome du lièvre, chef des hauts offices, prince de Nekheb, celui qui appartient à Nekhen, contrôleur du contenu du palais ;
  • Supérieur des prêtres, grand des cinq dans le temple de Thot, régulateur des deux trônes, supérieur des mystères des temples, supérieur des mystères du dieu dans ses places sacrées, supérieur des mystères des secrets divins, directeur des offrandes divines, supérieur de tous les prêtres-sem, qui a pouvoir sur les dieux, prêtre de Maât.

Sépulture
Sa tombe est la plus grande de toutes celles trouvées dans la nécropole de Deir el-Bersha. Elle a été très endommagée par un tremblement de terre survenu dans l'antiquité ; l'antichambre est entièrement effondrée.

C'est sous le règne de Sésostris III que la tombe a été achevée, à la mort de Djéhoutyhotep. En plus des inscriptions gravées nommant les trois souverains sous lesquels a servi ce puissant nomarque, on y trouve les noms des principaux maîtres d'œuvre, le directeur des travaux, un nommé Sep, fils de Ab-kaou et le décorateur principal, Amenânkhou.

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La tombe de Djehoutyhotep - www.osirisnet.net

C- Le mur Gauche
Très richement décoré, il peut être divisé en deux registres principaux subdivisés en sous-registres : à la partie supérieure les scènes en rapport avec la statue colossale ; à la partie inférieure les activités du nomarque.
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Registre supérieur
Il est donc consacré à la scène très fameuse - car unique dans l'art égyptien - de transport d'une statue colossale qui se déroule tout au long de la paroi. Heureusement, cette scène avait dès le début attiré l'attention des explorateurs, qui en avaient fait des copies, car depuis sa redécouverte par Newberry elle a beaucoup souffert.
La scène peut être divisée en quatre parties :

1) Djehoutyhotep et sa suite marchent derrière la statue 
Djehoutyhotep est représenté en taille héroïque, vêtu d'une ample tunique de cérémonie, sandales aux pieds, un collier autour du cou, et tenant dans sa main droite un sceptre de puissance sekhem tandis qu'il portait dans la gauche un bâton aujourd'hui disparu.
Derrière lui, des serviteurs dont certains semblent être des soldats transportent du matériel, essentiellement des armes : arcs, flèches, bouclier tendu d'une peau de bovidé, haches. Quatre serviteurs, représentés plus petits pour tenir dans l'espace soutiennent une chaise à porteurs. Au registre inférieur, derrière un porteur de hache, les trois fils du défunt sont représentés.

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2) La longue inscription descriptive.
Cette inscription de 12 lignes a fait l'objet de plusieurs reproductions, et c'est heureux, car elle est complètement effacée aujourd'hui. Elle décrit le transport de la statue colossale dans un texte très difficile à interpréter.

Longue inscription - Traduction anglaise de James Breasted
Suivre une statue de 13 coudées de pierre de Hatnoub. Le chemin qu'elle a emprunté est difficile, plus que tout. La traction des grandes choses par dessus lui fut pénible pour le cœur des gens, parce que la roche sur le sol était difficile, étant une roche dure.
J'ai fait venir les jeunes, les jeunes recrues pour faire pour elle un chemin, en même temps que des équipes de mineurs de la nécropole et de carriers, les chefs et les sages. Les gens forts dirent : « nous venons pour la transporter », tandis que mon cœur était en joie. La ville était réunie, en joie ; c'était très bon à voir, plus que tout. Le vieil homme parmi eux était penché sur son fils ; le fort aussi bien que celui qui tremble, leur courage fut augmenté. Leurs bras sont devenus forts. L'un d'entre eux, c'était la force de mille hommes.
Voyez cette statue est un bloc carré venant de la grande montagne, c'était plus grand que toute chose. Les navires étaient équipés, remplis de vivres [… ?] de mon armée de recrues. Leurs paroles étaient des louanges et mes prières au roi. Je suis arrivé au district de cette cité, les gens étaient rassemblés, en louanges ; c'était très bon à voir, plus que tout. […] le juge et le gouverneur local qui étaient désignés pour […]dans cette cité, et établis pour le […]sur le fleuve, leurs cœurs n'avaient jamais imaginé ce que j'ai fait pour moi […] établi pour l'éternité, après que ma tombe ait été achevée.

3) La statue et sa traction 
La statue en provenance des carrières d'Hatnoub devait être en calcite et représenterait dans ce cas la plus grande statue assise jamais réalisée dans cette pierre, avec une hauteur de 13 coudées soit 6,75m dont on peut se faire une idée, car les hommes sont à l'échelle. Newberry a estimé son poids à 58 tonnes.
Elle est représentée toute blanche à l'exception de la perruque et de la fausse barbe qui étaient bleu sombre, comme le lapis-lazulli mais qui sont aujourd'hui manquantes.
Le personnage est représenté assis sur un siège cubique archaïque à petit dosseret. Sa main droite serre une pièce d'étoffe repliée. On peut raisonnablement supposer que sa main gauche était posée à plat sur son genou. Torse nu, il n'est vêtu que d'un pagne court. À l'arrière, un cintre vertical court depuis le siège jusqu'à la tête.

Il s'agit d'une statue de Djehoutyhotep en personne, ce qui est précisé plus loin sur le mur. On peut cependant remarquer que ce monument est - au sens strict du terme - proprement pharaonique :

  • les dimensions du monument sont considérables et nécessitent une main-d'œuvre abondante et qualifiée aussi bien pour l'extraction que pour le transport comme on va le voir.
  • La représentation se rapproche de celle canonique du souverain.
  • Newberry signale que la photo du major Brown, seul document qui nous reste, semble montrer un uræus sur la perruque.

Par contre il n'y a aucune mention de souverain ni sur la statue ni dans le texte, ce qui aurait été difficile à expliquer s'il s'était s'agit d'un roi. Toutes les inscriptions vont de plus dans le sens d'une statue du nomarque lui-même.

La méthode pour attacher le colosse à son traîneau fait appel à l'utilisation d'amarres espagnoles, technique encore utilisée aujourd'hui. Elle doit son nom au supplice espagnol du garrot.
Le principe en est bien connu: on utilise une corde soit dédoublée entre deux points d'ancrage fixes, soit entourée autour de la pièce et ancrée en un point fixe. On introduit entre les deux brins de la corde une pièce de bois suffisamment longue pour que ses extrémités butent sur la surface dure la plus proche et on tord alors la corde sur son axe ce qui a pour effet mécanique son raccourcissement. Des sortes de coussinets de protection en tissu ou en fibre protègent cordes et pierre aux points de contact.
Andy Joosse a entrepris une très intéressante expérience : il a sculpté une statue à l'échelle afin d'en étudier le système de fixation.
Chez Djehoutyhotep, un triple système de cordage a été utilisé. Le cordage principal est le vertical, qui solidarise la statue au traîneau. L'artiste l'a représenté de façon inadéquate ; en effet les essais de Joosse ont montré que la corde représentée sur l'avant-bras glisse inexorablement vers le poignet lorsqu'on la serre. Ces essais ont également montré que l'aspect du traîneau est trompeur. Pour ne pas verser, ce dernier devait être très large et très lourd, probablement constitué de plusieurs pièces raccordées. De plus, l'amarre verticale ne pouvait pas être simplement attachée aux patins mais devait pour tenir le serrage passer sous ces derniers.
La présence des deux cordes disposées horizontalement peut paraître surprenante, car la statue n'était surement pas en deux parties. En examinant la représentation, on s'aperçoit que ces cordages sont au-dessus de la corde verticale. Leur serrage aboutit donc à une potentialisation de l'action de celle-ci.
Une étrangeté non résolue est la présence de deux barres de torsion par corde. En effet si elles étaient serrées en sens inverse il en résulterait une annihilation réciproque des effets, et on ne voit guère pourquoi elles seraient nécessaires si elles étaient serrées dans le même sens. Une hypothèse serait d'imaginer que l'artiste aurait, selon une mentalité typiquement égyptienne, représenté sur un côté les barres présentes en fait des deux côtés.
Andy JOOSSE : Spanish lashings in Ancient Egypt, KMT 2002,13,1

La statue proprement dite repose sur un socle de calcite taillé dans le même bloc qu'elle. Elle est attachée sur un traîneau de bois par un système de cordes de tension dessinées en brun (à l'origine). L'avant du traîneau se relève et quatre câbles d'amarrage y sont accrochés.
Deux hommes sont représentés sur la statue. L'un est sur le pagne et frappe dans ses mains, manifestement pour donner le rythme aux haleurs, c'est donc un "shantyman" dont la tradition s'est perpétuée jusqu'à nos jours sur les chantiers de fouille en Égypte. L'homme en bas est courbé en avant, en train de déverser sa cruche d'eau devant le patin du traîneau. On suppose qu'il arrose une épaisse couche de limon afin de permettre le glissement de la masse, mais il pourrait aussi s'agir d'un geste de purification, car la quantité d'eau nécessaire au glissement serait considérable. De plus devant la statue on trouve un homme faisant un autre geste de purification avéré avec l'encensement de celle-ci. La question reste ouverte.

Sous la statue un rang de six personnages. Trois portent des palanches avec des outres ou des vases pleins d'eau : on pourrait imaginer qu'il s'agit de faire boire les haleurs, mais il pourrait aussi s'agir d'eau pour mouiller la glaise sur laquelle glisse la masse. Les trois hommes suivants portent une grosse pièce de bois dont le sommet est bizarrement biseauté et dont l'utilisation, certainement en rapport avec la traction, reste énigmatique. Peut-être s'agit-il d'une cale. Trois contremaîtres armés de bâtons les suivent.
Immédiatement derrière la statue et au même niveau qu'elle on trouve quatre rangs de trois personnages avec une inscription verticale : "celui qui a œuvré pour cette statue, le scribe du coffre, Nakht-ankh, fils de Sepkhri". Au rang du bas on évoque "le supérieur (majordome ?) Nehery".

Les haleurs sont divisés en deux groupes. Les deux rangs du centre sont réservés aux jeunes nobles, aux militaires privilégiés et à la classe sacerdotale, tandis que dans les rangs externes on trouve les jeunes hommes du commun répartis en deux groupes représentant la partie Ouest et la partie Est du nôme.
Des différences transparaissent dans l'habillement. Dans les deux rangs externes, les hommes sont tous vêtus d'une pièce de lin serrée autour de la taille et seuls de rares hommes ont le crâne rasé. Les prêtres ont le même pagne, mais la proportion d'hommes rasés est beaucoup plus importante. Les militaires ont un habillement plus disparate, avec des pagnes ouverts sur le devant lequel est caché par une pièce d'étoffe blanche, marron ou verte, tombant de la ceinture. D'autres ont un pagne arrondi beaucoup plus court. Ils ne sont pas rasés et certains portent des plumes d'autruche dans les cheveux. Pour rompre la monotonie, l'artiste a montré certains hommes tournant la tête vers l'arrière pour regarder la statue.

Les inscriptions :

  • Inscription du premier rang (en haut) : en deux lignes verticales, à droite : "la troupe de l'Ouest du nôme de la Hase, arrivée en paix". Au-dessus des haleurs : "Paroles dites : l'Ouest est en fête, leurs cœurs se dilatent quand ils voient le (s) monument (s) (menou) de leur maître, l'héritier qui vient parmi eux, sa maison et la maison de son père quand il était un enfant".
  • Inscriptions du second rang : en deux lignes verticales à droite : "la troupe de jeunes combattants du nôme de la Hase, arrivée en paix". Au-dessus des haleurs : "Paroles dites : bonne troupe, qui agit pour son maître, l'héritier prospère à sa suite par la faveur de notre seigneur le roi ; venons ! faisons prospérer ses enfants après lui, nos cœurs dilatés de joie par la faveur royale, puisse-t-il rester longtemps sur le trône".
  • Inscriptions du troisième rang : en deux lignes verticales à droite : "?… des prêtres purs du nôme de la Hase, arrivée paix". Au-dessus des haleurs : "Paroles dites (par) l'aimé de Thot, Djehoutyhotep, aimé des habitants de sa cité, apprécié par tous les dieux. Les temples sont en fête, leurs cœurs se dilatent quand ils voient ta faveur auprès du roi".
  • Inscriptions du quatrième rang : en deux lignes verticales à droite : "La troupe de l'Est du nôme de la Hase, arrivée en paix". Au-dessus des haleurs : "Paroles dites : conduire mon seigneur vers Tcherty,  ? se réjouit en lui, ses pères sont en fête, leurs cœurs dilatés de joie, se réjouissant de ses beaux monuments".

Dans le registre le plus élevé, sept groupes d'hommes se dirigent à contre sens, vers la statue portant en main des branches. Têtes rasées, pagnes courts et serrés avec parfois un devanteau de couleur, ils sont accompagnés d‘une inscription qui précise que tout le nôme se réjouit : "[Le nôme du Lièvre est en] fête et son coeur est en joie. Ses vieillards, les enfants et [ses] jeunes gens se rafraîchissent, ses enfants poussent des cris de joie et leur coeur est en fête quand ils voient leur maître et le fils de leur maître dans la faveur du roi lorsqu'il fait son monument".
Les hommes portent sur l'épaule une branche dite festive. 

4) Le bâtiment auquel était destinée la statue
Il est bien difficile de s'en faire une idée tant la scène est détruite. On reconnaît avec peine une scène de sacrifice d'un bœuf, et des hommes et femmes sur quatre rangs qui devaient apporter des offrandes. A l'extrémité droite, contre le mur, était représentée une grande entrée avec une figure de Djehoutyhotep et tous ses titres en 11 lignes d'inscriptions, qui évoquent entre autres le nom de l'édifice de destination : "Djehoutyhotep établi dans la faveur du nôme de la Hase".
C'est ici qu'est clairement mentionnée l'identité de la statue : "…offrandes apportées par ses domaines du nôme de la Hase à cette statue du prince Djehoutyhotep".

Après son extraction de la carrière, la statue a voyagé sur une route caillouteuse (dont la difficulté est rapportée dans les inscriptions) puis à du traverser le désert pour atteindre la vallée afin d'être embarquée sur un bateau qui l'a amenée à destination, et c'est la scène finale du transport qui nous est ici montrée, mais au bout du compte, on ne sait pas dire à quel bâtiment était destiné le monument.

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Référence - Mégalithe

 


Video


 

Pyramids Builders: New Clues
26. Statue de 58T en Albâtre

 


Livre


 

Sliding Friction on Wet and Dry Sand
As for the archeologists, some have interpreted the pouring of the water in front of the sled as being purely ceremonial [1, 2], which does not seem a correct interpretation, in view of the results presented here.

 

Introduction à la TRIBOLOGIE - Noël Brunetière
L’illustration de la figure 5 est encore plus âgée et présente cette fois des Égyptiens déplaçant également une statue. On remarque sur l’avant de la sculpture qu’une personne verse un liquide entre la statue et le sol. Ce liquide sert très certainement de lubrifiant permettant de réduire les frottements. Ces deux exemples montrent que bien que le mot tribologie soit relativement récent, les enjeux de cette science ont été pris en considération depuis longtemps.

 

Chercheur : Simon Delvaux
L’enseignement de la documentation iconographique de l’Ancien et du Moyen Empire quant à l’utilisation du traîneau (2018)
Statue en travertin tracter par 168 haleurs de 58T

Les modes de transport terrestre en Égypte (2015)
27. l’avant, comme dans la scène provenant de la tombe de Sobeknakht, un prêtre verse de l’eau. Cette présence rappelle le geste des hommes qui, à l’avant des traîneaux, versent de l’eau pour en faciliter le glissement. Et si le rôle du verseur d’eau a longtemps été discuté, son utilité pratique est réelle (Fall et alii, 2014), à l’inverse des scènes des tombes de Sobeknakht ou Nakhtamon où son geste n’est que rituel.

Études sur le traîneau en Égypte à l'Ancien Empire. Volume I et II. (2009)
S’il est difficile aujourd’hui de savoir pourquoi les verseurs d’eau adoptaient tel ou tel geste et en quoi ces derniers agissaient de façons adaptées sur la lubrification du sol, ils témoignent qu’apporter de l’eau pour favoriser le glissement devait répondre à des ‘blocages’ bien précis et n’être fait que de manière ponctuelle. D’ailleurs, lorsqu’il est présent, le traîneau est souvent représenté à l’arrêt, le contrôleur (scènes 4 à 6 et 20) ou un haleur (scène 24 à 29) écarte la corde – qui n’est donc pas sous tension – pour verser l’eau. Un seul contrôleur peut dès lors agir sur plusieurs traineaux d’un même convoi (scène 37, 38 et 43). Toutefois, il semble que parfois sa présence soit requise de manière continue. C’est notamment le cas chez Ptahshepsès (scène 21), où le contrôleur est figuré installé à l’avant du traîneau. Les autres scènes du mastaba (scènes 22-23) le figurant debout, il y a de fortes raisons de penser que le contrôleur de la scène 21 devait agir ainsi sur une période longue, à un moment où la route était moins praticable, voire sur la totalité du trajet. Il agit de même dans la scène de transport d’une statue colossale conservée dans la tombe de Djéhoutyhotep (scène 51). Très intéressante, cette représentation nous montre le verseur d’eau debout à l’avant du traîneau, en train de verser le contenu d’une jarre. Il est approvisionné par plusieurs hommes13 qui accomplissent leur tâche à l’aide de palanches.

 

Porter and Moss
PM IV, pp. 180 (14-15)

 

Sésostris III et la fin de la XIIe dynastie