L'Épopée de Gilgames: Le grand homme qui ne voulait pas mourir

Categorie Livre 1
Categorie Livre 2
Date
1992
Pages
304
Auteur (s)
Online





Description - Livre

L’épopée de Gilgamesh est la plus ancienne œuvre de cette ampleur connue ; elle remonte à plus de 35 siècles, et nous plonge dans les origines de nos civilisations de l’écrit. Gravée sur des tablettes d’argile, elle comprenait à l’origine environ trois milles vers, dont un peu moins des deux tiers nous sont parvenus, mais heureusement distribués de manière assez régulière pour permettre une bonne reconstitution du texte. 
« Gilgamesg / Dès sa naissance / Etait prestigieux ! / Dieu aux deux tiers, / Pour un tiers homme », mais il aimait guerroyer, enlevant le fils à son père et l’adolescente à sa mère. Pour occuper Gilgamesh et rendre un peu de paix à la cité d’Uruk, les dieux lui créent un rival : Enkidu. Celui-ci semblait d’abord un animal, accoutré à la sauvage et broutant avec les gazelles ; pour l’humaniser on lui conduisit une courtisane, Lajoyeuse, et celle-ci « D’écarter ses voiles / Et de se découvrir le sexe, / Pour qu’il y prît sa volupté, / Sans crainte / De l’épuiser. / Quand elle eut laisser choir son vêtement, / Il s’allongea sur elle, / Et elle lui fit, à ce sauvage, / Son affaire de femme » ; à la suite de quoi la harde de gazelles s’enfuyait à la vue d’Enkidu, le rejetant ; mais lui était devenu intelligent ; il avait rejoint le monde des hommes. Une amitié profonde naîtra entre Gilgamesh et Enkidu. Il partiront en voyage, vaincront les monstres Humbaba et le Taureau Céleste.


Enkidu fera un rêve lui annonçant sa mort : « Il y avait là un gaillard, seul, / Aux traits sombres, / Au masque pareil / A celui d’Anzlû, / Aux mains en pattes de lion, / Aux ongles en serres d’aigle. / M’ayant pris aux cheveux, / Il me tenait fortement, … S’étant saisi de moi, il m’emmena / A la demeure obscure, la résidence d’Irkalla, / La demeure d’où ne ressortent jamais / Ceux qui y sont entrés ; / Par le chemin, / A l’aller sans retour… ». Gilgamesh le pleurera et pensera à sa propre mort : « Devrai-je donc mourir, moi aussi ? / Ne me faudra-t-il pas ressembler à Enkidu ? / L’angoisse / M’est entrée au ventre ! / C’est par peur de la mort / que je cours la steppe ! ». Il partira pour un long voyage à travers steppe, montagne, traversera une mer puis « l’Eau mortelle » grâce au nocher UrSanabi à la recherche d’Utanapistî , un héro connaissant le secret de la vie sans fin. Utanapistî refusera de lui révéler ce secret : « Comme un roseau de la cannaie, / L’humanité doit être brisée !...Mammitu, la faiseuse de destin, / A arrêter les destinées avec eux (les grands dieux), / Ils nous ont imposé / La mort comme la vie, / Nous laissant seulement ignorer / Le moment de la mort ». Mais en réparation de la fatigue du voyage, il lui permettra de cueillir un plante donnant, sinon la vie éternelle, au moins une vie prolongée. Au retour, cette plante sera volée par un serpent, et Gigamesh aura tout perdu. Arrivé à Uruk, Gilgamesh, résigné, s’accommodera enfin de son état de mortel. Il présentera fièrement sa cité au nocher UrSanabi qui le raccompagna: « Monte, UrSanabi, / Déambuler sur les remparts d’Uruk ! / Considère ce soubassement, / Scrutes-en les fondations ! Tout cela n’est-il pas / brique cuite ?... ». Ce monologue reprendra le texte de la présentation d’Uruk au début de l’épopée ; la boucle est bouclée. Nous avons, à travers les états successifs de Gilgamesh (guerrier courageux et brutal, puis angoissé par son état de mortel, enfin détenteur d’une sagesse apaisée) un raccourci saisissant de l’humanité.


Gilgamesh exista réellement. Il fut roi d’Uruk vers 2500 ans avant notre ère, et assez vite déifié, un peu à la manière des empereurs romains. Quand à Utanapistî, son nom signifie « Vie de jours prolongés » ; il fut le héro du mythe babylonien du déluge. Celui-ci est considéré comme l’ancêtre de notre déluge biblique, ou tout au moins sont-ils issus d’une même source. 
Ce grand récit nous parle à travers les millénaires de l’amitié, du courage et de la peur, de la position de l’homme devant la mort, du refus ou de la résignation devant celle-ci, bref, de la sagesse et de l’universelle condition humaine. 


On peut saluer le travail de traduction de Jean Bottéro, auteur également de plusieurs ouvrages passionnants sur les civilisations mésopotamiennes (Babylone et la Bible ; Mésopotamie ; Naissance de Dieu ; La plus vieille religion…).

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